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Rouler de nuit à moto, tout ce qu’il faut savoir

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En tant que motard, tu es forcément amené à rouler de nuit, que ce soit pour une balade qui se termine plus tard que prévu, une longue étape qui commence tôt et finit tard ou tout simplement pour des trajets quotidiens en hiver quand la nuit tombe à 17h30…

Mais un trajet de nuit ne s’improvise pas, il faut y penser avant de te retrouver avec ta visière fumée en pleine nuit ! Que ce soit par obligation ou par plaisir, rouler la nuit à moto n’est pas un exercice naturel et demande de prendre en compte un certain nombre de paramètres. Visibilité, sécurité, équipement : je te propose de faire le tour de la question dans cet article.

Les faits 

On commence par des statistiques peu rassurantes, mais les chiffres parlent pour eux : la nuit, le risque d’accident est deux fois plus élevé que le jour. Pire encore, la nuit représente moins de 10% du trafic, mais 45% des tués sur la route : les usagers ont tendance à rouler plus vite sous prétexte que le trafic est limité. Et malheureusement, ce sont bien souvent ces mêmes usagers qui n’ont pas un ami « Sam » qui s’est dévoué pour rester sobre à la soirée qu’ils viennent de quitter… Rouler « de nuit » en moto, cela veut dire conduire dans un environnement sombre et froid (du moins, plus froid qu’en journée) en partageant la route avec des usagers fatigués (ou excités). Non seulement tu vois moins bien, moins loin, moins précisément, mais tu es aussi moins bien vu. Tu l’as donc compris, voir et être vu sont tes priorités si tu utilises ton 2 roues de nuit !

Bien voir

Ça commence par là ! Et comme tu le sais, la moto va là où son pilote regarde donc si tu n’y vois rien, ça devient un peu compliqué. Le premier point fondamental pour rouler en sécurité de nuit consiste donc à s’assurer que ton éclairage est fonctionnel et efficace.

Et avant de parler de changer de phare ou d’ampoule, la première précaution élémentaire, c’est tout simplement de garder ton optique de phare propre. Un verre de phare sale (poussière, traces d’eau de pluie, boue), c’est jusqu’à 30% de luminosité en moins et un gros risque d’éblouir ceux qui arrivent en face (à cause de la diffraction des rayons lumineux qui sont déviés de leur trajectoire) et les faire dévier eux de leur trajectoire. Pense à toujours avoir un paquet de mouchoirs sur toi pour le nettoyer régulièrement au cours d’un long trajet, surtout en été (à cause des insectes) ou par temps de pluie car les véhicules derrière lesquels tu roules sous la pluie envoient des projections souvent sales sur ton optique. Et si tu n’as pas d’eau à disposition, pas d’excuses, ta salive fera l’affaire !

Autre précaution de base, régler son phare, c’est-à-dire la hauteur du faisceau d’éclairage. Pour le réglage du phare, il faut se mettre en conditions réelles : la moto doit être chargée comme lors d’un vrai trajet et que tu t’équipes. Pour être plus clair : pas question de faire ça en charentaises dans ton garage, en vérifiant rapidement si ta monture éclaire bien entre la chaudière et le congélateur. Un truc simple : place la moto à cinq mètres d’un mur (ou portail, porte de garage…), monte dessus, le haut du faisceau lumineux doit se trouver au moins 5 cm en dessous de la hauteur du phare.

Et on n’oublie pas : la hauteur d’éclairage varie en fonction de la charge sur la moto (surtout de la présence d’un passager mais aussi de bagages). Donc si tu ne veux pas éclairer la cime des arbres, pense à régler tes feux si tu es chargé !

La seconde précaution, c’est de conserver un écran de casque absolument nickel, propre et sans rayures (pareil pour tes lunettes de vue si tu en portes !).
Bien évidemment, ne roule jamais de nuit avec un écran teinté, même s’il est dit « fumé clair ». Il est marqué « daytime use only » dessus, et il y a bien une raison ! Un écran teinté noir réduit énormément l’acuité visuelle. Si tu veux rouler à la fois de nuit et par grand soleil, porte des lunettes de soleil ou choisis un casque doté d’un double écran solaire intégré et escamotable. C’est moins « stylé » certes, mais plus efficace et vu l’offre actuelle sur le marché, tu devrais pouvoir trouver ton bonheur !

Pour aller encore plus loin, si ton écran de casque est doté d’un « pinlock », tu peux réfléchir à en acheter un de couleur jaune, cela va t’aider à augmenter les contrastes de nuit (comme pour les masques de ski les jours de visibilité réduite).

Si tu es amené à rouler fréquemment dans l’obscurité, tu peux changer l’ampoule de feu de route pour en mettre une plus efficace.

Si tu as une moto récente, elle est sûrement équipée de la technologie LED et cela devrait te permettre de faire des trajets de nuit avec une belle visibilité ! Ces ampoules offrent une meilleure performance avec une durée de vie nettement supérieure ! Et quand on connaît la difficulté pour accéder au phare sur certaines motos carénées ou certains scooters, ce dernier argument a du poids.

Si ta moto n’est pas très récente et que son éclairage faiblit, regarde également du côté des LED ! Et oui car finalement tes autres options sont limitées : remplacer tes ampoules classiques de 60 watts par des ampoules de 100 watts te permettra de voir mieux, certes, mais aussi de susciter l’intérêt des hommes en képi !

Les ampoules 100W sont effectivement interdites car elles éblouissent trop les usagers qui arrivent en face. En plus, une ampoule « classique » à incandescence perd environ 50% de son efficacité au bout d’environ deux ans, donc autant changer pour une technologie plus durable ! L’autre solution : le xénon. Mais tout le monde ne peut pas se permettre de monter des feux au xénon (technologie chère avec installation compliquée, pas disponible sur toutes les motos). Et ne te fies pas à la couleur de l’ampoule : une ampoule bleue n’est pas forcément au xénon, elle est juste teintée en bleu pour délivrer une lumière proche de celle du jour. Les lampes bleues, dites « all day » ou « all weather », relèvent d’ailleurs souvent de l’astuce marketing… Bref, rdv au rayon ampoules à LED (achète des modèles CREE, c’est un gage de très bonne qualité, et comme pour tous les équipements de ta moto, évite la contrefaçon chinoise).

L’ultime solution si tu fais vraiment des bornes de nuit : monter des feux additionnels.
Cela peut se faire de façon très simple sur la plupart des modèles de motos. Il s’agit de feux longue portée qui sont raccordés au faisceau électrique de la moto, commandés soit par un interrupteur spécial, soit sur l’interrupteur habituel. Il te faudra juste un minimum de compétences en électricité pour les raccorder au faisceau si tu le fais toi.

Être vu

Si vraiment tu cherches à être bien vu, le jaune fluo et les bandes réfléchissantes vont devenir tes meilleurs compagnons de route. Tu penseras donc à utiliser des vêtements (bottes, pantalon, blouson) équipés de larges bandes réfléchissantes, voire à mettre un brassard ou un gilet fluo par dessus ! Et, autre aspect à prendre en compte au niveau de l’équipement au-delà de la visibilité : la baisse de température la nuit. Si tu te cailles, tu vas fatiguer plus vite, te déconcentrer et perdre en réflexes et en temps de réaction. A toi de prévoir des équipements en phase avec la météo et la distance à parcourir une fois le soleil couché.

La moto elle-même peut aussi être rendue plus visible par l’ajout de bandes réfléchissantes sur les jantes, le carénage, les valises latérales… Les esthètes pourront même se reporter sur des bandes réfléchissantes de couleur assorties à leur moto ! Investissement peu couteux qui ajoute une vrai plus à ta visibilité et te donne un côté « Tokyo Drift » !

La présence des bandes réfléchissantes sur le casque, elle, ne se discute même pas, et oui, mêmes si elles ne sont pas apposées directement sur ton casque quand tu l’achètes, elles sont obligatoires et leur absence est soumise à une contravention de 4ème classe qui peut te coûter 135 € et 3 points ! Donc on colle les stickers réfléchissants ! Tu trouveras sur le marché des stickers réfléchissants de couleur noir ou d’autres couleurs, qui dénaturent moins ton casque et réfléchissent la lumière tout autant que les traditionnels réfléchissants de teinte argentée.  

Et tu peux aller encore plus loin dans la démarche, avec un casque jaune fluo ou un casque agrémenté de LEDs situées sur ses ventilations et également sur ses spoilers arrières qui forment des bandes brillantes de couleur vert/jaune apportant une belle visibilité.

Tu peux aussi ajouter un feu stop additionnel sur ton Top Case, et même sur ton casque maintenant avec plusieurs technologies autonomes qui détectent les freinages, dont une (Cosmo) qui peut même alerter les secours si tu ne réponds pas à ton téléphone (après 3 appels quand même).

Savoir adapter sa conduite

  • La vitesse

Rouler de nuit à moto va modifier ta perception de la profondeur, la notion de relief et l’appréciation des distances.

La première des réactions doit être de diminuer la vitesse de conduite, on ne roule pas aussi vite de nuit que de jour (sauf éventuellement sur autoroute éclairée). Il faut adapter ta vitesse à la portée de ton champ visuel, soit un étroit faisceau sur une distance limitée…

Quelques chiffres pour te donner un exemple concret : la portée moyenne du feu de croisement est de 30 mètres. Cela signifie qu’il faudrait rouler à 50 km/h maximum pour pouvoir s’arrêter totalement avant un obstacle situé à 30m, la portée de tes feux !

Bref, sans dire de rouler à 50km/h sur une route limitée à 80 km/h (avec tes feux de route, tu pourras éclairer jusqu’à 100m), il faut adapter ta vitesse et prendre en compte en plus la baisse de température sur l’adhérence de tes pneus.

  • L’environnement

L’environnement, ce sont tout d’abord les autres usagés de la route (voire les animaux…) et le type de route sur laquelle tu circules.

  • Les autres usagers : en cas d’éblouissement par un véhicule venant en face, même si on a envie de le regarder pour voir quand est ce qu’il va passer en feux de position (et en l’insultant), fais un appel de phare et détourne ton regard pour rester concentré sur la route. Ne regarde surtout pas les phares « droit dans les yeux » comme un lapin hypnotisé, ta rétine en prendrait plein les mirettes avec un effet de rémanence qui peut durer plusieurs secondes, voire minutes. Plisse les yeux et porte ton regard sur les bandes blanches du côté extérieur de la route. Conseil encore plus important si tu dois rouler sous la pluie de nuit car le risque d’éblouissement sera encore plus élevé ! Si tu roules en groupe, gardez bien votre formation en quinconce pour vous assurer un maximum de visibilité (je t’invite à relire mon article dédié pour plus de conseils).
  • Le type de route : si tu roules sur une route sinueuse, oublie la conduite sportive, ralentit bien ta vitesse dans les virages car tes feux n’éclaireront pas les bas-côtés. Attention également sur l’autoroute à la somnolence que peut créer la monotonie du trajet… Et accélérer pour le faire durer moins longtemps n’est pas la bonne idée dans ce cas ! On fait des pauses régulièrement ! Enfin, attention aux routes de campagne bordant les forêts ! Les panneaux annonçant des traversées d’animaux ne sont pas là que pour faire joli. Et dans un contact frontal avec un sanglier, crois-moi, il y en a probablement un qui se relèvera sans grands bobos, et ce n’est ni toi ni ta moto ! Donc on ouvre bien les yeux et on adapte sa vitesse !!!
  • Les conditions météo

Si tu roules de nuit en été, et même en hiver, et que tu respectes les quelques conseils dispensés plus haut, tout devrait bien se passer. Là où ça se corse c’est si la pluie vient s’en mêler !
On n’y voit rien, tout scintille, les contrastes sont totalement abolis, tout se confond. Sans parler de la buée qui se forme rapidement et gêne encore plus la vision. On ralentit bien évidemment, on ne fixe surtout pas les phares des autres véhicules et on tâche de garder une conduite souple. Si c’est le gros orage passager, essaie de te trouver un pont ou abri de bus sous lequel tu pourrais t’abriter en sécurité (donc en assurant ta visibilité avec les warning ou au moins un clignotant). En cas de grosse pluie, le mieux est encore de laisser l’eau ruisseler et être évacuée par le vent de la vitesse et de te souhaiter d’avoir pensé à la tenue de pluie ou de ne plus être trop loin de ta destination !  

Si tu suis ces conseils, aucune raison que ton trajet ne se passe pas bien. Du moins tu auras tout fait pour que ce soit le cas. Et malgré tout, même si j’ai dépeint un tableau plutôt « noir » de la conduite nocturne, rouler de nuit peut aussi être un grand moment de plaisir à moto !

Lucile
Lucile
Passionnée de 2 roues depuis ma plus tendre enfance, j’ai passé mon permis gros cube à 21 ans et écumé les routes de ma Haute-Savoie natale et alentours pendant plus de 10 ans avant de me résoudre à un constat réaliste : essayer de prendre les points de corde sur route est un jeu dangereux pour lequel les cartes "chance" distribuées sont limitées... C’est ainsi que je me suis retrouvée sur piste en 2013 avec mon conjoint lui aussi passionné ! Et autant vous dire que le virus a vite pris et c'est même transformé en passion commune !!! Aujourd’hui ma pratique de la moto se limite à la piste en roulages libres et également compétitions, tout en restant une adepte du 2 roues pour les déplacements pro… Mais en scooter ! A travers mes articles, je tacherai donc de mettre à profit mes compétences de professeur (mon métier) et de motarde/pistarde au service d’articles variés pour te partager mes expériences, connaissances, conseils et astuces !
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